A l'heure où MTV contrôle la production musicale américaine, bombardant les Etats-Unis et le monde de singles formatés, calibrés pour les dancefloors ou les adolescentes en mal d'émotions amoureuses, le rap pourrait faire figure d'exception. En effet, ce courant musical appartenant au mouvement hip-hop (rappelons-le pour les incultes, composé de la breakdance ou smurf, du graffiti, du deejaying, et du beatboxing) a la réputation d'être particulièrement revendicatif, et d'avoir une vocation sociale, à la hauteur de sa vocation musicale. Mais détrompez vous, MTV a étendu son influence au rap, et est allé jusqu'à en faire une de ses principales sources de revenus, cette récupération se faisant bien évidemment au détriment de la qualité artistique (le cadet des soucis de l'industrie musicale)
A 2000 lieues de la rage revendicative des premiers albums de Public Enemy, de la conscience sociale de rappeurs comme Talib Kweli ou Dead Prez, qui avaient érigé le rap au rang de courant musical le plus radical et engagé du XXème siècle, le rap se vautre dans les niaiseries et la flambe ridicule.
En effet, il eut été inconcevable pour un rappeur il y a 10 ou 15 ans de cela d'imaginer que 90% des clips rap télévisés reprendraient le même schéma: un rapper bodybuildé tout de XXXL vêtu, un blunt à la bouche, entouré de femmes très peu vêtues ("biatches") se trémoussant ridiculement, avec 3 ou 4 abrutis un peu en retrait du rappeur, qui ont pour mission de placer d'indispensables "yo, you know it baby" (ou autres banalités du même genre) de temps à autres. Je ne donne pas dans la caricature, ce sont eux-mêmes des caricatures.
Il eut été également inconcevable d'imaginer que la quasi-totalité des morceaux rap diffusés à la radio seraient des duos avec des chanteurs R&B, venus rajouter une touche mielleuse aux inepties débitées par les pseudos-rappeurs sur les couplets.
Vous l'aurez bien compris, l'objectif des maisons de disques est de toucher un public le plus large possible, même si n'appartenant pas à priori au public hip-hop. Il faut par conséquent trouver un compromis qui satisfasse autant l'adolescent blanc habitant un quartier pavillonnaire de la banlieue bourgeoise de Washington (en France, ce sera le jeune habitant le 7eme, 15eme -désolé, je suis parisien-) en manque de sensations fortes et d'attitudes racailleuses, rêvant d'une vie plus agitée, que le jeune noir du ghetto que l'opulence mise en scène dans les clips, et dans laquelle vit quelqu'un provenant du même milieu social que lui, fait rêver.
50 Cent est l'exemple par excellence de ce compromis commercial hybride : les médias créent du buzz autour de son soit disant vécu mafieux (tout le monde connaît l'histoire, à force...) pour attirer les amateurs d'histoires excitantes. De plus, l'album comporte 3 ou 4 titres calibrés pour les clubs, et est produit par Dr Dre et Eminem (dont les seuls noms sur la pochette suffisent à attirer les moutons). Les lyrics sont débiles à souhait, les instrus se ressemblent toutes mais tout le monde s'en fout, le peuple veut juste danser, et bouger la tête, vous diront les tout aussi corrompus Nelly, Chingy, et autres Jay-Z. De plus, l'album ne comporte aucun titre engagé ou militant, comme ça personne n'est choqué, ni les auditeurs, ni le gouvernement, donc "tout le monde il est content". Vous possédez à présent la recette miracle pour placer un artiste rap à la tête des charts us...
En conclusion, je souhaiterais suggérer à ceux qui voient en 50 Cent, Chingy (les noms me manquent, mais " you know what I'm saying ") et tous les autres d'excellents rappeurs, de se renseigner, de chercher au fond des bacs, au lieu de se contenter de la vitrine, et ils constateront que le formatage est beaucoup moins développé dans le rap underground et indépendant, où l'on trouve encore des produits de qualité. A part, bien sûr si vous préférez "kiffer la vibe avec votre mec"...
"Yo, I ain't hardcore, I don't pack a nine millimeter
Most a y'all gangsta rappers ain't hardcore neither"
Binary Star, " honest expression "
Maintenant qu'un constat de l'état des lieux rendant compte d'une situation déplorable a été dressé, la suite dans un prochain article, où nous parlerons des solutions à apporter au problème (si tant est qu'il y ait des solutions et que nous les connaissions)...